Quand on vide un logement, une chose frappe presque toujours : la proportion d'objets encore parfaitement utilisables. Une commode solide, un service de vaisselle complet, des livres, une machine à café qui fonctionne, des vêtements peu portés. Tout cela finit trop souvent dans la benne, alors que des structures de la région lausannoise le reprendraient volontiers.
Le réemploi n'est pas seulement un geste écologique. C'est aussi, très concrètement, un moyen de réduire le volume à évacuer et donc la charge d'un débarras. Encore faut-il connaître les critères des associations, qui sont plus exigeants qu'on ne l'imagine, et s'y prendre suffisamment tôt.
Ce que le réemploi change dans un débarras
Chaque objet donné est un objet qui ne part ni en déchèterie, ni à l'incinération. Sur un appartement complet, cette part peut représenter plusieurs mètres cubes, c'est-à-dire une différence visible sur l'organisation de la journée d'évacuation et sur le nombre de trajets nécessaires.
Le don a aussi un effet de méthode. Trier en se demandant ce qui peut encore servir oblige à regarder les objets un par un, ce qui est précisément ce qu'un débarras réussi demande. On distingue alors quatre destinations : ce qu'on garde, ce qui peut être donné, ce qui se recycle par filière, et ce qui part comme déchet résiduel.
Enfin, dans un débarras de succession, le réemploi apporte souvent un apaisement. Savoir que les affaires d'un proche vont servir à quelqu'un rend certaines décisions moins lourdes que l'idée de tout mettre à la benne.
Les critères des associations, plus stricts qu'on ne croit
Une association de seconde main n'est pas une déchèterie. Ce qu'elle ne peut pas revendre, elle doit l'éliminer elle-même, à ses frais. C'est pourquoi les refus sont fréquents, et ils ne traduisent aucune mauvaise volonté.
Emmaüs Vaud le formule clairement dans ses conditions de dépôt : sont refusés les articles abîmés, cassés, déchirés ou tachés, ainsi que les meubles démontés. L'organisation ne reprend pas non plus les pianos, les meubles non démontables de plus de deux mètres, les matelas à ressorts et les sommiers tapissés, les téléviseurs à tube cathodique, ni les pneus, jantes et batteries de voiture.
Retenez le principe général : un objet se donne dans l'état où vous accepteriez de le recevoir. Propre, complet, fonctionnel, monté si c'est un meuble, avec son câble d'alimentation si c'est un appareil. Un objet incomplet ou sale sera refusé, et le trajet aura été fait pour rien.
Un dernier point souvent négligé : un meuble démonté est plus difficile à replacer qu'un meuble monté, car il faut vérifier que toutes les pièces et la visserie sont là. Si vous devez démonter pour transporter, gardez la visserie dans un sachet fixé au meuble et signalez-le.
Les structures actives dans la région lausannoise
Les Galetas du Centre social protestant Vaud figurent parmi les acteurs les plus connus. Ils reprennent habits, livres, bibelots, meubles et vaisselle, disposent d'un service de ramassage à domicile, et revendent les objets dans leurs boutiques de seconde main. Le produit des ventes soutient des personnes en difficulté, ce qui donne au don une utilité sociale directe.
L'Armée du Salut exploite à Lausanne, à la rue de la Borde, une filiale de son réseau brocki.ch, présentée comme le plus grand magasin de seconde main de la région lausannoise. On y trouve vêtements, vaisselle, électronique et mobilier, et l'organisation propose également un service de débarras d'appartements.
Emmaüs Vaud, installé à Etagnières, reçoit les dons déposés sur place pendant ses heures d'ouverture et organise des ramassages à domicile pour les objets trop lourds ou trop volumineux. La demande se fait à l'avance, photos à l'appui, et il faut compter un délai d'attente, les moyens de l'association étant limités.
Caritas et Terre des hommes tiennent également des points de vente de seconde main recensés par la Ville de Lausanne, orientés notamment vers les vêtements, les chaussures, le linge de maison, les articles pour enfants, la vaisselle, les jouets, les livres et la petite brocante. La Ville tient à jour un répertoire des boutiques de vêtements et d'accessoires de seconde main, qui reste la référence la plus fiable pour connaître les adresses et les horaires en vigueur.
Textiles et chaussures : un circuit à part
Les vêtements et les chaussures disposent de leur propre circuit de collecte, distinct du don associatif. À Lausanne, les écopoints reçoivent notamment les vêtements et les chaussures, et les déchèteries fixes acceptent également les textiles.
Quelques règles simples améliorent nettement le résultat. Les textiles se déposent propres et secs, dans des sacs fermés, ce qui les protège de l'humidité et de la contamination par le reste du conteneur. Les chaussures se déposent par paires, attachées ensemble, faute de quoi elles se séparent au tri et deviennent invendables.
Le linge très abîmé, taché ou moisi n'a pas sa place dans ces conteneurs. En revanche, les vêtements simplement démodés ou peu portés sont exactement ce que ces filières attendent, et ils représentent souvent une part significative du contenu des armoires lors d'un débarras.
Meubles, appareils et objets du quotidien
Pour le mobilier, la question décisive est celle de l'état et du démontage. Une armoire massive en bon état intéresse le réemploi, une armoire en aggloméré gonflé par l'humidité de cave, non. Un canapé propre trouve preneur, un matelas usagé pratiquement jamais, pour des raisons d'hygiène. Notre article sur les encombrants à Lausanne détaille ce qu'il advient de ces pièces lorsque le don n'est pas possible.
Le petit électroménager en état de marche est accepté par plusieurs structures, à condition qu'il soit propre, complet et testé. S'il ne fonctionne plus, il relève de la filière de reprise des appareils électriques, dont le principe est expliqué dans notre article consacré au recyclage de l'électroménager.
Les livres, la vaisselle, les jeux, les jouets et le matériel de puériculture circulent bien en seconde main, avec deux réserves : les collections incomplètes et les articles soumis à des normes de sécurité, comme les sièges auto pour enfants, sont souvent refusés. Là encore, la question se pose à l'association avant le chargement, pas devant sa porte.
Ce qui ne se donne pas, et pourquoi
Certaines catégories sont systématiquement écartées par les structures de seconde main, et il est utile de le savoir avant de charger un véhicule. Tout ce qui touche à l'hygiène intime, les matelas usagés, les oreillers et les couettes, ne se redonne pas. Les produits entamés, alimentaires ou cosmétiques, non plus.
Les objets dangereux sont exclus par nature : produits chimiques, peintures, solvants, piles et batteries relèvent des déchets spéciaux et suivent le circuit décrit dans notre article sur les déchets spéciaux d'un débarras. Aucune association ne les reprend, et les glisser dans un carton de dons met en difficulté les personnes qui le trieront.
Restent les objets encombrants dont le marché de seconde main est saturé : les meubles en panneaux de particules d'entrée de gamme, les téléviseurs anciens, les encyclopédies et les gros lots de revues. Ils sont refusés non parce qu'ils sont inutilisables, mais parce qu'ils ne trouvent plus preneur en magasin, et que l'association devrait payer leur élimination.
Quand un objet a une valeur réelle, meuble ancien, instrument, bijou, montre, la question n'est plus celle du don mais de l'estimation. Mieux vaut le faire regarder par un spécialiste avant de l'inclure dans un lot, car une pièce de valeur partie dans une benne ne se rattrape pas.
Le don se planifie, il ne s'improvise pas
L'erreur la plus courante consiste à penser au don la veille de la remise des clés. Les ramassages à domicile se planifient, les délais d'attente sont réels, et les horaires de dépôt ne couvrent pas les soirées ni les dimanches. Un don utile se prépare plusieurs semaines à l'avance.
La bonne séquence est la suivante : faire le tour du logement dès la décision de partir, photographier les pièces susceptibles d'intéresser une structure, envoyer les demandes, puis organiser le reste du débarras autour des dates de ramassage obtenues. Ce qui n'est pas repris rejoint le volume à évacuer, et l'estimation se fait en conséquence.
Savoir combien de mètres cubes représente ce qui reste après les dons est ce qui permet de dimensionner correctement l'intervention finale. C'est le sujet d'un autre article de ce blog, consacré à l'estimation du volume d'un débarras.
Un point à garder en tête : aucune structure ne s'engage à tout prendre. Elles trient selon leurs stocks, leur place et leurs besoins du moment. Prévoir dès le départ que le don couvrira une partie seulement du logement, et non sa totalité, évite de se retrouver bloqué à quelques jours de l'état des lieux.

